Manifeste pour un autre accès au savoir, en général, et à la connaissance religieuse, en particulier

Ceci est un webbook, en français, livre Web. Sa particularité principale est d’être équipé de liens qui fonctionnent sur simple clic, comme sur un site ou un blog, donnant aux lecteurs la possibilité d’enrichir leur compréhension du contenu, et de vérifier éventuellement le sens de certains termes utilisés par l’auteur et qui ne leur sont pas forcément familiers.

L’intérêt majeur de ces notes et liens réside dans leur accessibilité immédiate et dans la liberté qu’a le lecteur de les consulter en cours de lecture, ou de ne le faire qu’après avoir parcouru tout ou partie du chapitre où ils se trouvent. Le principe qui a guidé ce mode opératoire est analogue à celui des bases de connaissances, quoique plus limité de par la nature même du document consulté, à savoir, un livre.

Un mot sur les références bibliques. Elles jouent un rôle majeur dans mes publications, en général, et dans cet ouvrage, en particulier. Ancien enseignant et chercheur en matières religieuses, surtout juives et chrétiennes, j’ai eu maintes fois l’occasion de mesurer, avec effarement, l’ignorance, parfois abyssale, des Écritures, qui sont pourtant le fondement de l’une et l’autre confessions de foi. Des décennies durant, j’ai cherché comment pallier ce déficit notionnel extrêmement préjudiciable, dont je voyais bien qu’il bloquait le développement de la réflexion religieuse de mes étudiants, comme celui de nombre de mes collègues enseignants et chercheurs, d’ailleurs.

On ne compte plus aujourd’hui les ouvrages, dont certains d’envergure, qui traitent doctement des Écritures, de leur origine, de l’histoire de leur rédaction, des particularités linguistiques et stylistiques de leur vocabulaire, et d’autres problèmes – importants, au demeurant -, sans pour autant réussir à faire entrer celles et ceux qui y aspirent, dans la compréhension du sens voulu par les auteurs des livres de la Bible, pour ne rien dire de celui voulu par Dieu (je parle pour qui y croit encore!).

Au fil des siècles, un nombre considérable d’auteurs, des plus illustres aux plus humbles, ont cherché avec zèle à aider les passionnés de la Parole de Dieu, en les guidant dans le maquis, souvent impénétrable, des traductions et des interprétations bibliques, assaisonnées de considérations en tous genres (historiques, ou se voulant telles, herméneutiques, théologiques, bien sûr, morales et même philosophiques). Cet immense labeur, qui se perpétue jusqu’à aujourd’hui a toujours recouru aux sciences, dites annexes, et particulièrement à celles qui traitent des particularités du langage et de la transmission textuelle, ainsi que de l’histoire des idées. C’est dire que n’ont jamais manqué, en la matière, les instruments de travail, dont certains, devenus classiques sont encore utilisés de nos jours.

Toutefois, la révolution numérique a considérablement changé la donne, en particulier en matière d’accès aux sources et à la connaissance. Une énorme quantité d’ouvrages ont été numérisés et rendus accessibles à partir d’un ordinateur personnel. Les moteurs de recherche du Web (Toile), multiplient à l’infini les connexions et les associations d’idées. D’objet, le livre est devenu contenant, et inexorablement l’intérêt des lecteurs s’est focalisé sur son contenu. L’homme et la femme éclairés d’aujourd’hui ne sont plus des lecteurs passifs, mais des quêteurs de connaissances qui prennent leur bien partout où ils le peuvent. Certes, tout cela ne va pas sans un certain amateurisme, voire une forme d’anarchie intellectuelle et notionnelle, mais ce sont là des maladies d’enfance du savoir et, sans pécher par optimisme béat, je crois fermement que cette effervescence laissera place, au fil du temps et à la faveur des progrès des techniques et de la connaissance, à un savoir organisé… mais sur d’autres bases, comme je vais l’exposer succinctement ci-après. 

«La distinction entre le livre et l’internet est totalement arbitraire et va disparaître d’ici 5 ans», Hugh McGuire

Tout d’abord, je donne la parole à celui dont les écrits m’ont convaincu d’adopter ce mode d’édition pour mes livres.

Hugh McGuire le fondateur de PressBooks et Librivox a créé PressBooks, un système de publication automatique qui permet d’un clic de fabriquer un livre/site dans tous les formats disponibles. Il expose l’importance de disposer d’un site en plus du livre électronique… Pourquoi ? Notamment parce que le Web peut tisser un lien jusqu’à ce contenu, ce qu’on ne peut pas faire avec un livre. Cela permet de ramener des lecteurs jusqu’au contenu (le leur faire découvrir, et peut-être acheter). Ainsi qu’il l’explique : un WebBook (comme le sien, passionnant au demeurant) permet de générer de l’intérêt qu’un ebook ne sait pas générer (puisqu’on n’en connait qu’une 4e de couverture et un extrait). Les idées contenues dans un WebBook peuvent ainsi se diffuser plus largement, plus facilement, plus rapidement.
A mesure qu’il va y avoir de plus en plus de livres électroniques, ils vont être de plus en plus difficiles à trouver (et ce d’autant que les grands magasins de livres électroniques demeurent pour l’instant incapables de nous aider à trouver ce qu’on cherche !). Donc, rendre ses contenus accessibles sur le web est un moyen de ramener des lecteurs à soi et de promouvoir son contenu. Ceux qui auront établi le contact avec leurs lecteurs auront plus de succès que les autres. Et Hugh McGuire estime qu’il faut à la fois vendre et offrir le contenu en ligne[1].

Selon McGuire, les livres et l’internet vont fusionner

Car encore une fois, c’est l’hyperlien qui nous conduit d’un endroit à un autre. Lier les livres entre eux ou lier les livres au Web (et inversement) procède d’un même mouvement. Dans son livre, un manifeste futuriste pour le livre (coécrit avec Brian O’Leary de Magellan Partners, Hugh McGuire estime que les livres et l’internet vont fusionner. Et c’est l’hyperlien qui va le permettre.
Nous avons décidé, écrit-il, pour des raisons essentiellement historiques, que les collections de mots et de phrases d’un type allaient dans un “livre” et que des collections de mots et de phrases d’un autre genre allaient sur l’Internet. Mais maintenant que nous lisons des contenus sur des supports électroniques, qu’est-ce qui justifie cette séparation ? Si l’on y regarde de plus près, les livres électroniques sont très proches des sites Web. Ils sont construits en ePub, un langage de balisage très proche du HTML. Si nous cherchons à enfermer les livres dans des silos, c’est par crainte du Web, du fait qu’il déconstruit les modèles économiques préexistants. Tant et si bien que les éditeurs tentent d’empêcher les lecteurs de faire tout ce qu’ils peuvent faire sur le Net : le copier-coller, le partage, le lien vers un passage spécifique, la recherche depuis l’Internet, le commentaire (que l’annotation n’arrive pas à remplacer), etc. Ce faisant, nous avons “paralysé” les livres électroniques : «Nous avons limité leurs fonctionnalités afin qu’ils agissent plus comme des livres imprimés que comme le Web». Cela ne durera pas, estime McGuire. L’avenir consiste à imaginer ce que nous pourrions faire d’ambitieux avec des livres reliés à l’Internet. Pas avec des livres en silos. Car nous ne saurons rien faire d’ambitieux avec des livres en silos[2].

On l’aura compris, j’ai composé  moi-même le présent ouvrage à l’aide du système d’édition PressBooks. Et je ne le regrette pas. En effet, en l’annotant soigneusement et en l’enrichissant abondamment de liens renvoyant aux multiples ressources de connaissances et d’information dont regorge l’Internet, j’ai considérablement amélioré sa rédaction. L’auteur que je suis s’est fait lecteur. Je n’étais plus le plus ou moins docte penseur qui disserte au profit de son public, mais un internaute qui, en lisant ce qu’il a lui-même écrit, a pris comme jamais conscience des attentes et des difficultés de ses lecteurs.

Pour finir, je rappelle tout de même que ce livre existe également en livre électronique et en édition traditionnelle sur papier. On en trouvera les références en son lieu.

Il me reste à exposer brièvement comment tirer le meilleur parti  de ce livre sur navigateur, en particulier concernant les sources d’information et de connaissance auxquelles réfèrent les nombreux liens dont je l’ai équipé. C’est l’objet du chapitre suivant, intitulé  «Notes et liens : mode d’emploi».


  1. Extrait adapté de l'article «Des livres aux navigateurs : des liens pour faire des ponts», en ligne sur le Blog La feuille. L’édition à l’heure de l’innovation, en date du 25 octobre 2012.
  2. Ibid.

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